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Présidentielle : désillusion programmée ?


 

Il y a quelques jours, le Président de la République a une fois de plus participé à une émission de discussion face aux Français. Je voudrais m’arrêter sur un petit passage de l’émission, où François Hollande a subitement pris la défense de la démocratie participative et a appelé à faire des pétitions tout en affirmant que le réveil des mouvements citoyens était une bonne chose.

En trois mots, c’était très drôle : une blague typiquement à la Hollande, mais surtout une tentative, moins plaisante, de chercher à grappiller quelque peu dans des phénomènes qui ont la cote ces temps-ci, comme en témoignent Nuit debout ou la Primaire des Français. Dans le même ordre d’idée, voulant éviter qu’on l’interroge davantage sur la loi de « modernisation » de l’élection présidentielle, F. Hollande a répondu que rien ne changeait, qu’il suffisait d’avoir ses 500 candidatures, bref, que la démocratie était saine, puisque d’ailleurs plein de monde candidate à la présidentielle, que des primaires vont avoir lieu à droite et qu’il y a une toute petite chance que la gauche soit aussi concernée.

Utilisons notre mémoire politique. Replaçons-nous en 2012. La mise en place d’une part de proportionnelle aux législatives est annoncée par Hollande comme un engagement de campagne. Mieux : il explique dans sa lettre à François Bayrou et à ses électeurs de premier tour, publiée durant l’entre-deux tours, qu’il est prêt à proposer un référendum si jamais ce projet rencontre une résistance dans le cadre du débat parlementaire. Encore mieux, la proportionnelle fait partie du fameux « Moi président de la République », au quatorzième verset de cette profession de foi, une place de choix juste avant la fin :

« Moi président de la République, j’introduirai la représentation proportionnelle pour les élections législatives, pour les élections non pas de 2012, mais celles de 2017, car je pense qu’il est bon que l’ensemble des sensibilités politiques soient représentées. »

Nous savons tous, évidemment, qu’il n’en a pas été réellement question. Bayrou proposait de régler rapidement les questions institutionnelles et de moralisation de la vie publique en laissant le peuple imposer ses décisions par le biais d’un référendum concomitant aux législatives. Hollande voulait à la fois rassurer sa majorité et s’assurer de recevoir suffisamment de voix de la part des pro-proportionnelles : il était clair qu’il n’y aurait pas, sauf surprise, de référendum, puisque nombre d’électeurs semblaient satisfaits que les députés PS promettent qu’ils ne cumuleraient pas !

Quant au reste, il suffisait de reprendre quelques éléments – les règles imposées aux ministres, par exemple – faciles à mettre en place et de diluer, de temporiser, de profiter d’une actualité lourde, pour dire au fil des mois, dans des émissions par exemple, que « les débats institutionnels n’intéressent pas les Français », qu’il n’est pas l’heure d’instituer de la proportionnelle… Puis, le FN grimpant, Hollande de déclarer qu’il ne serait pas le Président qui ferait entrer une centaine de députés frontistes dans l’hémicycle, et que de toute façon, il était trop tard pour redécouper les circonscriptions, que c’était trop difficile, et tant pis si cela paraissait gros pour quelqu’un qui venait de regrouper le Limousin, l’Aquitaine et le Poitou-Charentes ou de redessiner la carte des cantons !

Dans ce contexte, entendre Hollande évoquer les bienfaits de la démocratie participative est bien ironique ! Faire l’éloge de mouvements citoyens structurellement incapables de peser dans notre vie politique en dehors des partis, évoquer l’intérêt des pétitions, c’est essayer de faire croire que ces phénomènes sont politiquement novateurs et efficaces ; c’est essayer de profiter du climat de confusion qui agite des parts de la société qui sont simultanément traversées par un besoin légitime de re-démocratisation et par une cécité parfois difficilement croyable à propos des moyens de l’opérer et de la rendre effective ; c’est faire le tout, bien entendu, avec un sourire hollandien en coin. Sarkozy n’est pas en reste sur ce plan : sa conception de la re-démocratisation, n’est-ce pas l’usage du référendum sur des sujets sensibles, et tant pis s’il n’en a jamais proposé en cinq ans ? Passe pour ces chefs de partis qui se sont alternativement succédés au pouvoir ces deux dernières décennies, on sait bien ce qu’ils veulent.

Mais les initiatives actuellement suivies par certains citoyens doivent également être passées sous un regard critique ; car les mêmes citoyens qui espèrent un renouveau doivent prendre conscience des pesanteurs, des risques et des obstacles qui se dressent sur la voie des intentions, lorsqu’elles ne sont pas précédées de cet aplanisseur de difficultés qu’est la recherche de l’efficacité. Il faut donc, forcément, faire preuve de pragmatisme. Ce mot n’est pas démoniaque et l’on pourrait rappeler que le terme « parti » ne l’est certainement pas non plus ! Si l’on veut changer la politique, il faut s’en donner les moyens.

Telle est l’une des convictions, rappelons-le, qui a conduit à la fondation du Modem. Il était nécessaire d’une part de rassembler largement, par un dépassement des clivages habituels proposant des objectifs sur lesquels pouvaient s’accorder des personnes aux racines politiques différentes ; d’autre part, d’assurer l’efficacité du rassemblement en se constituant comme un véritable grand parti.

Le Modem a souffert des blocages systémiques. Les sympathisants et adhérents ont découvert après l’élan populaire de la présidentielle que les alliances électorales pouvaient dévoyer le vote effectué quelques semaines plus tôt et que l’absence de proportionnelle, qu’eux-mêmes critiquaient, avait pour conséquence un amoindrissement immédiat des capacités d’action, puisqu’une tendance soutenue par 6 820 914 électeurs ne se trouvait représentée que par une poignée de députés dépourvue de groupe et de véritable tribune institutionnelle.

Le Modem a souffert des difficultés de la vie partisane : au commencement, il a eu du mal à être à la fois un mouvement large et un parti où doit forcément régner une certaine discipline. Un certain nombre de responsables a préféré rejoindre les formations usuelles, abandonnant de fait la volonté de dépasser le bipartisme et ces mêmes schémas qui nous ont conduit jusqu’à la situation actuelle.

La conjonction de ces difficultés, renforcée par le caractère atypique du Mouvement et son positionnement centriste, devrait faire réfléchir les citoyens qui cherchent, actuellement, un renouvellement ou un renouveau de la politique française. La lassitude et l’éparpillement des sympathisants et des citoyens sont deux garanties assurées d’échec.

La lassitude, parce qu’un citoyen qui reste sur le côté, qui ne fait plus qu’observer, voire qui se résout à l’abstention électorale, ne pourra en retirer que plus de lassitude encore. C’est ce que l’on pourrait appeler, non sans raison, un ouroboros politique.

L’éparpillement, parce que lorsque des citoyens fondent chacun de leur côté de petites formations citoyennes refusant de se constituer en partis, qui viennent se briser sur le mur électoral, ils oublient d’une part que l’objectif n’est pas la simple expression, mais la concrétisation des aspirations politiques ; d’autre part, que leurs concurrents et opposants sont de grosses formations qui s’abreuvent à leur faiblesse.

C’est d’autant plus vrai dans le cas de l’élection présidentielle. Dès lors qu’on se rappelle de quel genre d’élection il s’agit, on ne peut considérer qu’avec un étonnement mêlé de scepticisme certaines des initiatives qui font bruisser, aujourd’hui, notre débat public. La mode des primaires, notamment, est d’autant plus étonnante qu’elle s’appuie sur une illusion, savamment entretenue par les gros partis : celle d’une re-démocratisation de la politique qui s’accompagne, chez nombre de ceux mêmes qui la promeuvent, du refus de la porter au-delà du cadre où ils l’enserrent :
« Je veux bien que vous choisissiez entre Juppé, Fillon, Sarkozy, NKM ou Le Maire » dit-on à droite ; « je veux bien que vous effectuiez un tri entre Hollande, Valls, Duflot, Aubry ou Macron » dit-on dans l’autre camp ; « mais vous n’allez tout de même pas me parler de proportionnelle, ma bonne dame, mon bon Monsieur » clame-t-on des deux côtés.

On va me contester qu’il existe désormais une « Primaire des Français », mais je pense qu’il suffit de la considérer par le biais de ce que j’ai écrit un peu plus haut, pour comprendre quelles limites elle rencontrera nécessairement. Ne perdons pas de vue ce qu’est la présidentielle ! Pensons aux masses électorales en jeu et à l’étroitesse de la fenêtre de tir qui permettrait d’obtenir, effectivement, quelque renouvellement. Les mouvements citoyens ne joueront vraiment un rôle déterminant que lorsqu’ils auront adapté leurs perspectives aux réalités électorales. Il faudrait, au fond, ne pas oublier le passé. Ne pas vouloir du PS, de LR ou du FN au pouvoir pour les prochaines années devrait conduire à considérer que sont nécessaires un rassemblement et un dépassement similaires à ceux proposés par Bayrou en 2007 mais soutenus par une force plus grande qui permettrait cette fois-ci de dépasser l’une des formations évoquées plus haut… Au Mouvement démocrate, nous n’avons jamais perdu de vue cet objectif.

Mais c’est au-delà tout l’électorat désirant un changement effectif qui est concerné par cet impératif de réalisme et d’efficacité, sans lesquels il ne pourra parvenir à ses fins. Pour cela, il faudrait que les centristes et les plus ouverts des modérés ne soient pas trop distants les uns des autres, mais aussi que ceux, un peu plus radicaux, qui partagent cependant un corpus d’aspirations communes et veulent revivifier la démocratie française, reconsidèrent leurs priorités. Il n’est en effet peut-être pas très efficace de soutenir mordicus le projet d’une VIe République, et d’aboutir, à l’issue de ses choix électoraux, à une situation où la proportionnelle n’est même pas instituée dans la Ve.

Bref : pour espérer quelque dépassement en 2017 que ce soit, il faudrait que des pans de citoyens reconsidèrent leurs stratégies électorales… et ce n’est pas gagné !

Julien Maudoux,
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